mercredi 7 juin 2017

Hand Spinner et jeux inclusifs


Représenter la diversité  
Quoi de mieux pour jouer au papa ou à la maman qu’une poupée qui vous ressemble, et inversement quoi de mieux pour apprendre la différence et la tolérance que des baigneurs à la peau claire ou foncée, ou qu’un poupon représentant un enfant handicapé, ”un enfant qui a besoin de plus de soins et d’attention” dit la pédagogue, dans un reportage au Salon du Jouet de Nuremberg, sur ARTE Xenius, diffusé en mai 2017. Cette vidéo traite de l’influence du jouet dans le développement de l’enfant, vaste sujet survolé en 27 minutes, dont plus de 4 minutes consacrées au jouet ”inclusif”. 
Toy-like-me milite pour les jouets représentant le handicap

Des jouets pour tous et pour jouer ensemble
Permettre aux personnes ayant un handicap, aux enfants ”exceptionnels” comme on le dit chez HopToys, de participer à des jeux au milieu d’autres enfants, cela demande de la réflexion et de la créativité. À l’époque où je travaillais chez Bass et Bass, le premier importateur de jouets en bois en France, un de mes clients venait de la Fondation Valentin Haüy chercher avec moi des jeux qui permettraient à des enfants non-voyants de jouer à égalité avec les autres membres de la famille.
Jeu en bois Centimètre Par Centimètre  Allemagne 1992
Ainsi le jeu Centimètre par Centimètre répondait très bien au problème. Sur un plateau de bois, il fallait placer bout à bout des bûchettes dans un parcours en creux, les uns les voyaient, les autres les touchaient,le premier à s’être débarrassé de toutes ses bûchettes avait gagné. Hop Toys, avec qui j’échangeais aussi, avait mis ce jeu à son catalogue.
On ne savait pas que c’était un jeu inclusif, on parlait plutôt de jeu fédératif, ou plutôt fédérateur. C'était l'idée quand les premières ludothèques ont été créées par des parents dont les enfants avaient un handicap.

Quatre petits coins de rien du tout
J’ai connu la création du catalogue Hoptoys, la recherche permanente pour adapter les jeux aux différents handicaps, les astuces, les bricolages, pour permettre à tous de faire du tricycle ou de jouer aux cartes

L’album de Gérard Ruillier Quatre petits coins de rien du tout, qu'une classe de CE2 a traduit dans cette vidéo, explique parfaitement la démarche, qui ne concerne pas uniquement les jeux, bien sûr. Transformer la porte ronde en carré pour que le petit carré puisse rejoindre les ronds dans la maison, au lieu de lui demander de s'arrondir.


Avec la mode du Hand Spinner, ce n’est pas l’enfant carré qui rejoint les enfants ronds, c’est toute la cour de récré, ronds et carrés mélangés, qui manipule cette toupie. Breveté en 1997, ce jouet élu par des parents pour leurs enfants souffrant d’autisme ou d’hyperactivité, est, 20 ans plus tard, le jouet favori de tous les enfants.

Le meilleur des jouets inclusifs







mercredi 25 janvier 2017

L’hiver, des ours

Un ours, je suis pourtant un ours

Le froid, l’hiver, ça me fait toujours penser aux ours. Aux ours des livres pour enfants, gentils et un peu engourdis. Qui voudraient bien qu’on les laisse dormir…


Le premier s’affaire à ramasser branches et mousses sous l’oeil goguenard des autres animaux, et s’endort tranquille dans la cabane qu’il a construite juste à temps pour l’hiver. Transis de froid,bousculés par le vent et la tempête, la poule, l’écureuil et le cochon viennent se réfugier chez lui. Mais au lieu de se tenir tranquilles, ils s’amusent comme des petits fous et empêchent l’ours de dormir. Vraiment gentil, cet ours ne perd jamais son calme contre ses visiteurs. Au printemps, débarrassé de ses hôtes envahissants, il va se construire une nouvelle cabane à l’abri des regards indiscrets. 
John Yeoman est l’auteur de cette jolie histoire, The bear’s winter house, publié en 1988 en français sous le titre Un ours en hiver. Je l’aime surtout à cause des illustrations pleines d’humour et de sensibilité de Quentin Blake.


Image du blog de manUB bouquins de poches en poche
Le deuxième s’endort pour l’hiver dans une grotte. Au printemps, le pauvre ours se fait embaucher malgré lui dans une usine qui vient d’être bâtie devant la caverne où il s’était endormi. ”Un ours,je suis pourtant un ours” dit-il, mais, du contremaître au PDG,  on lui répond qu’il n’est qu’un ”paresseux mal rasé avec un manteau de fourrure”. À lui de prouver qu’il est un ours, sinon il devra se mettre au travail comme les autres.

Identité, place dans la société de ceux qui ne sont pas comme les autres, négation de l’individu par la machine industrielle, obéissance ou révolte, il y a de quoi discuter avec les petits lecteurs, si l’on veut. Certains voient même dans la fin de l’histoire une allégorie de la retraite : enfin libre, mais trop fatigué, et trop habitué à suivre des directives, on ne saurait que faire de cette liberté.

Il existe deux versions de cette histoire.
L’auteur, Franck Tashlin, l’a illustrée lui-même, dans une version publiée à l’Ècole des Loisirs sous le titre Mais je suis un ours.







Le livre que j’ai chez moi est une adaptation d’après Tashlin, par Jörg Müller et Jörg Steiner. Un ours, je suis pourtant un ours  fut publié en 1976 aux éditions Duculot. Au contraire du trait sobre des illustrations de Tashlin, on entre là dans un monde très réaliste, où chaque image est véritable tableau. On en sort comme engourdi, souriant et triste, ballotté entre la dureté de la société et la poésie de chaque image.








Jörg Müller et Jörg Steiner sont aussi les auteurs d’un autre album magnifique, à résonance philosophique, reflet d’une société industrialisée, cruelle et liberticide,  L’île aux lapins.