lundi 13 juin 2016

Des masques à manger

Fin d'année dans notre atelier : un joli goûter à rapporter -et à manger- chez soi, fruits, bonbons et gâteaux sur fond de crêpe, disposés dans une barquette, collés entre eux au chocolat.



Jouer ou gâcher
J'aime faire un puits dans ma purée, choisir les poivrons en fonction de "leur tête",  manger les bananes en les découpant "marche par marche", écrire des mots sur le bord de mon assiette avec les nouilles lettres…J'aime dans un fruit, un légume ou un morceau de pain trouver un visage, une trogne, une bouille qui prend vie au bout d'une baguette ou de ma fourchette comme une marionnette… Qu'on se rassure, je sais me tenir à table et je ne joue pas tout le temps. Et surtout je n'aime pas gâcher. Je joue et je mange, après !

Jouer ou respecter

"On ne joue pas avec la nourriture !", la nourriture, ça se respecte, il y a tant d'enfants qui meurent de faim… À l'heure de l'hyper consommation, dans nos pays où des quantités d'aliments non consommés partent à la poubelle, chaque jour, jouer avec la nourriture est interdit, tabou, sacrilège. 
Comme si JOUER était incompatible avec RESPECT. 
Peut-on rire de tout ? Peut-on JOUER (se jouer) de tout ? 
Food Play  Freymann et Elffers

Double plaisir ou plus…
Jouer sans jouets, détourner les objets pour s'en faire des jouets, c'est un double jeu, jouer avec les aliments, un double plaisir

Triple plaisir car augmenté par la transgression de cet interdit. 

Plaisir quadruple quand s'y ajoute le jeu avec les couleurs, les matières, les formes, quand l'art entre en jeu.

Quintuple plaisir quand en plus c'est tellement bon !









Atelier avec Maria Dumage, juin 2016
Merci aux enfants de l'École Suédoise de Paris.

DIY : Pour faire 12 masques, nous avons acheté pour 22 € de bonbons, crêpes, biscuits, pâte d'amande, et de chocolat fondu. Le fond des barquettes en aluminium est décoré par les enfants de jolis tissus, recouverts d'un film plastique.
Ne pas oublier de se laver les mains avant de commencer. On peut s'aider de cure-dents pour fixer les éléments ensemble, tout le reste est comestible. 


À lire : On ne joue pas avec la nourriture! sous la direction de Gilles Brougère et Valérie-Inès de la Ville, Les cahiers de l'OCHA, Paris 2011, où il est plus question de fun food (un produit alimentaire fait pour amuser, comme un Choco BN), que de nourriture détournée pour le fun.


jeudi 19 mai 2016

Saul Steinberg, écrivain qui dessine et qui joue

La ligne, de Saul Steinberg, c’est un dessin en 29 tableaux, de 10 m de long, qui s’organise de part et d’autre d’une ligne continue, parfois horizon où se devinent des bateaux, parfois plan d’eau pour des baigneurs, chaussée sur laquelle débarquent les usagers du métro, rails de tramway, rambarde d'un balcon… Tout commence et se termine par la main qui dessine.



La ligne A, Shön, ©Paul Bonmartel

J’ai découvert ce tableau grâce à un spectacle de marionnette au Théâtre Mouffetard. La Ligne, qu'il percevait comme un long voyage, avait inspiré Roland Shön pour créer La ligne A. Un spectacle très inventif qui donnait bien envie d’aller voir de près La lIgne, la vraie.
La ligne A, Shön, ©Paul Bonmartel
Saul Steinberg se définissait comme  écrivain-dessinateur, il aurait pu ajouter joueur. Car chaque dessin, chaque masque, chaque tableau exhale un parfum ludique. 

Saul Steinberg. Girl in bathtub, 1949
Saul Steinberg. Nose Mask.
Photo by Irving Penn. New York, 1966
J’aime beaucoup la boîte cubique dans laquelle il se cache…
Saul Steinberg. In a box, 1951
Après avoir montré la vidéo de La Ligne aux enfants de l’atelier, nous avons mis un grand papier au sol, et dessiné au feutre,  tout du long, une ligne noire. Immédiatement inspirés, les enfants ont occupé l’espace, qui à plat ventre, qui à genoux, et toute une heure ils ont dessiné.



Manquant d’espace pour l’exposer, nous avons plié l’oeuvre collective en accordéon, comme Saul Steinberg l’avait fait de sa Ligne, un jeu de surprises qui ne se dévoilent qu’à ceux qui déplient délicatement ce drôle d’accordéon. (Atelier à l'École Suédoise de Paris, en collaboration avec Maria Dumage)