jeudi 15 mars 2012

Un cochon comme partenaire de jeu

Cela ressemble à un poisson d'avril, mais nous ne sommes qu'à la mi-mars, Courrier International relaie une information pour le moins insolite : la création par des chercheurs Néerlandais d'un jeu interactif pour distraire les cochons. Cette info est reprise par de nombreux blogueurs amusés, bien sûr elle m'a particulièrement interpellée !


Que les cochons jouent, voilà déjà une découverte. Sans doute jouent-ils à la bagarre quand ils sont petits, comme les chiots ou les lionceaux, mais ils ont aussi des jouets, balles ou bouts de bois reliés à une chaîne. Un genre de Jokari en quelque sorte. Et pourquoi leur donne-t-on des jouets ? Pour éviter qu'ils ne s'agressent par ennui, et ne se mordent la queue par désoeuvrement. L'harmonie sociale grâce au jeu, donc. Mieux, c'est "une réglementation européenne (qui) oblige les éleveurs à prévoir des distractions dans les porcheries", au nom du bien-être des porcs.


On se croirait dans la ferme des Contes du Chat perché, quand Delphine et Marinette entreprennent d'apprendre à lire aux boeufs ou jouent avec tous les animaux à l'Arche de Noé (Le cochon, d'ailleurs est assez mauvais joueur, si je me souviens bien).
Mais l'heure est maintenant aux jeux numériques et interactifs. L'équipe néerlandaise propose d'équiper les porcheries  d’écrans tactiles, sur lesquels s'animent des ronds lumineux aux couleurs psychédéliques. On imagine nos cochons en contemplation devant leur écran plat. Mais ils peuvent "interagir", poursuivre avec leur groin ces ronds de lumière, les pousser vers des formes géométriques, c'est certainement très amusant pour un cochon ! Comme ils se lasseraient vite de ce jeu solitaire, il leur faut des partenaires de jeu. C'est avec des hommes, et par Ipad interposé, qu'ils vont donc jouer. Chacun déplace des formes lumineuses, l'un du bout du doigt, l'autre avec son groin. Quand les deux images se superposent, c'est gagné, " les joueurs ont droit à un véritable feu d’artifice à l’écran".


Des designers ont travaillé à la création de ce jeuKars Alfrink, Irene Van Peer et Hein Lagerweij- et même un philosophe -Clemens Driessen, qui tient à préciser que les animaux ne doivent recevoir aucune récompense quand ils gagnent, afin que cela "reste un jeu", le jeu étant généralement réputé libre et gratuit. Pour mémoire, Caillois qui après Huizinga tenta de définir ce qu'est le jeu, le décrit comme une activité libre (choisie), séparée  (dans des limites d'espace et de temps), incertaine (l'issue n'est pas connue à l'avance), improductive (qui ne produit ni biens, ni richesses), réglée et fictive (accompagnée d'une conscience de la réalité seconde). Improductive, mais juste pour le cochon, qui ne gagne rien que le plaisir visuel d'un bouquet de couleurs.


Petite, et très naïve, je croyais sincèrement que le cochon Antoine que je retrouvais chaque année dans la ferme de mes grands-parents était le même, et qu'il me reconnaissait. Je ne crois pas que j'aurais été assez crédule pour imaginer qu'il était capable de jouer avec moi, en respectant les règles, en faisant semblant de, en employant le conditionnel... mais qui sait, peut-être le cochon de l'année poussait-il l'empathie jusqu'à penser "on dirait que je serais le même cochon que celui de l'année dernière"... Tout est si bon dans le cochon !







5 commentaires:

  1. L'un de ces "Antoine" fut l'ami du chien Bobby,et tous les 2 jouraient vraiment,à se pousuivre,à se bousculer,à se mordiller,etc..Ils jouaient très joyeusement!..Antoine n'a pas échappé à son sort de cochon de ferme,et il est certain que Bobby en a été affecté. Il a été renversé par une voiture ("il s'est fait renverser"?) peu après la "disparition" d'Antoine.Cette histoire m'avait affectée,je n'y avais pas vu une coincidence...

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    1. Pauvre chien ! Pour le coup, on se croirait dans Delphine et Marinette. Il y a pourtant chez Marcel Aymé une certaine "sagesse", ou résignation, qui empêche les animaux de vraiment se révolter quand un des leurs, dont c'est le destin, va être mangé. C'est très différent si c'est le chat qu'on veut mener à la mort, car telle n'est pas sa destinée... Moi je serais incapable d'élever des bêtes pour les manger après, comme le faisaient nos grands-parents, mais j'ai tort, ils faisaient là preuve de sagesse. Quant à ces malheureux cochons "modernes", ils ont droit à un peu plus d'espace que d'autres, mais sur les photos ils n'ont pas l'air de beaucoup s'amuser.

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    2. Je viens de découvrir votre blog au hasard des mots-clés car je peaufine en ce moment un conte sur la condition des animaux de ferme et plus particulièrement des cochons. Votre article me conforte dans ma démarche et je ne suis pas du tout étonnée du besoin de distraction dont font preuve ces animaux qui se distinguent par leur intelligence. En revanche, je ne partage absolument pas votre avis sur la sagesse des anciens. Moi même végétarienne j'encourage les personnes sensibles à remettre en question la tradition et à envisager les animaux comme nos semblables qu'ils sont à mon avis. Une alternative sans violence est possible et tous ont un intêret égal au notre à vivre leur vie ! Pendant longtemps, j'ai établi comme vous semblez le faire une hiérarchie entre espèces, mais je me suis rendue compte qu'elle n'a pas lieu d'être. C'est salutaire !Sur ce je vais continuer à visiter votre blog !

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  2. génial vos articles !!!
    vous etes sur facebook ?
    avez vous un mail ?
    etes vous en activité toujours ?
    nous sommes un cabinet conseil spécialisé en dévelopement du tourisme Famille
    www.tams.fr
    bruno tamaillon

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  3. Merci Bruno. Je suis toujours formatrice, et responsable de AETRE. Je suis allée sur votre site et trouve votre démarche intéressante. Vous pouvez me joindre sur ch@aetre.com. A bientôt. Catherine

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